La littérature reste bien évidemment un miroir scrutant la société. Elle peut avoir le don de faire ou de défaire le monde.  Il est vrai qu’elle demeure une forme d’expression universelle cependant elle ne reste pas moins un art. La littérature comme tout art se doit d’être exigeante.

            En effet, l’avènement du Nouveau Roman aux années 50, a vu naître une littérature exigeante portant les romanciers à s’interroger sur le roman au lieu de se questionner sur le monde. Car c’est à travers cet art que l’on pouvait appréhender un monde déjà meurtri par les conflits mondiaux. Loin des préoccupations existentialistes de Sartre, rejetant tout prédéterminisme religieux, philosophique et morale sur l’action des êtres humains, les néo-romanciers voulaient une littérature plus réaliste à faire pâlir Le père Goriot de Balzac.

            La littérature avait pour vocation à s’observer à travers les lorgnettes, à se scruter. Bien loin d’un    nombrilisme et d’un égocentrisme maladif. Cet engagement a donné naissance à la destruction de la structure du roman tel qu’on le connaissait.  Ce dernier doit désormais se réinventer loin de la forme prédéfinie, car selon Michel Butor dans son Essai sur le roman, paru en 1960 :

« L’invention formelle dans le roman, bien loin de s’opposer au réalisme comme l’imagine trop souvent une critique à courte vue, est la condition sine qua non d’un réalisme plus poussé ».

L’histoire, les personnages et l’espace ne font dorénavant pas partie des préoccupations du lecteur et on cherchera à le surprendre en le lançant dans un jeu de piste. Le roman se voulait naviguant dans un espace flottant où seuls les plus avisés en tirent l’essence et surtout que chaque phrase lue par le lecteur soit porteuse de sens.

L’essai de Nathalie Sarraute, L’ère de soupçon a soulevé le voile et a invité les écrivains à se libérer du tourbillon où le roman classique les avait plongés.

 Les incitant à repenser le roman à l’instar des anglo-saxons qui en étaient les précurseurs. C’est le cas de Virginia Woolf, Joyce, Faulkner ou même Kafka. En France Proust en était le parfait exemple.

            Ainsi, les romanciers d’aujourd’hui se doivent de porter cette image poétique de l’écriture et le sortir des chênes de jadis. Revenir à un langage plus pur et plus poétique :

« Le roman, fiction mimant la vérité, est le lieu par excellence d’un tel travail ; mais dès que celui-ci se fera suffisamment sentir, donc dès que le roman réussira à s’imposer comme langage nouveau, une grammaire nouvelle, une nouvelle façon de lier entre elle des informations choisies comme exemple, pour enfin nous montrer comment celle- ci nous concerne, il proclamera sa différence d’avec ce qu’on dit tous les jours et apparaîtra comme poésie » (Butor Michel)

En effet, le romancier doit se poser la question de l’esthétique et du style avant de se lancer dans l’aventure.

Les fruits d’or de Nathalie Sarraute, paru en 1963 est un parfait exemple d’exigence. Ce dernier met en évidence un roman et les réactions qu’il suscite au sein d’une critique. Cette mise en abime audacieuse lui a valu le prix international de la littérature en 1964.

Sarraute a œuvré pour un roman qui se défend et défend une esthétique littéraire, une esthétique de la réception.

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